La cigarette, un cancer pour notre planète

Nous sommes ce que nous r̩p̩tons chaque jour. РAristote



« Fumer tue », une allégation irrécusable ! En 1953, les scientifiques publient les premiers rapports prouvant un lien formel entre le tabac et le cancer. En Belgique, les maladies associées au tabac demeurent la première cause évitable de décès devant les suicides et les accidents de la route. Un fumeur belge sur sept décèderait d’une de ces maladies, deux morts par heure et une espérance de vie écourtée de sept ans. Au niveau mondial, un adulte sur neuf est victime du tabagisme et l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) estime à un milliard le nombre de décès au XXIe siècle. Néanmoins, l’industrie du tabac commercialise 6000 milliards de cigarettes par an. En Belgique pour l’année 2018 cela représente environ 7,7 milliards de cigarettes fumées et une entrée fiscale pour l’État belge de 2,373 milliards €.

La question sur l’impact sanitaire ne se pose plus, mais quel est l’impact sur notre planète d’une telle production et d’une telle consommation ?

Les fabricants de cigarettes sont coupables de 5% de la déforestation mondiale. Ce déboisement libère 4,3 millions d’hectares destinés à la culture des plants de tabac qui consomment individuellement 10x plus d’eau qu’un plant de pommes de terre. Ce pourcentage inclus 11,4 millions de tonnes du bois coupé chaque année servant comme combustible pour sécher les feuilles de tabac, soit le poids de 4750 Atomium, un des emblèmes de Bruxelles. Le papier des cigarettes contenu dans un paquet et le carton de ce dernier ne sont pas en restes ; ils exigent la découpe de 15 arbres.

90% des 7,5 millions de tonnes annuelles de feuilles de tabac sont cultivés par des pays à faible revenu. La Chine, le Brésil et l’Inde sont les plus grands producteurs. Les terres utilisées le sont en monoculture, elles nécessitent dès lors l’épandage à la main et sans protections de pesticides et des régulateurs de croissance pour rester rentables. Au Kenya, 26% des ouvriers présenteraient des symptômes d’empoisonnement liés à leurs utilisations et au Malawi on compterait 80 000 enfants travaillants sur ces plants et exposés au DDT (dichlorodiphényle-trichloro-éthane), un pesticide efficace contre les insectes. Il est interdit par un grand nombre de pays depuis les années 1970 à la suite de l’alerte lancée par la biologiste américaine Rachel Carson sur son rôle dans le développement de cancers.

Le processus de fabrication terminé, le consommateur va transformer les 2500 substances chimiques contenues dans la cigarette en 4500 dont 93 apparaissent toxiques ou classées cancérigènes par le Centre international de recherche sur le cancer. Ce presque doublement intervient à l’instant où elles transitent à travers le filtre en acétate de cellulose, un plastique traité chimiquement.

Une fois consommée, la cigarette deviendra un résidu de trois centimètres de long : le mégot. Il se compose de trois éléments : des reliquats de tabac, le papier qui l’enrobe et le filtre pour 98% des cigarettes. Il représente 845 000 tonnes de détritus par an, l’équivalant du poids de 352 Atomium. Chaque minute, 8 millions de mégots sont jetés au sol à travers le monde. Leur destination : les océans. La toxicité d’un mégot est si puissante qu’il tue la moitié des petits poissons présents dans un litre d’eau en 96 heures et ils représentent 40% des déchets en mer Méditerranée selon la fondation Surfrider. Chaque mégot non recyclé vicie 500 litres d’eau. Il est le premier pollueur des océans devant les pailles ou les sacs plastiques et mettra entre 12 et 15 ans à se décomposer entièrement. Les mesures pour éviter ce désastre écologique sont loin d’égaler celles du plastique, aujourd’hui sur toutes les lèvres.

Crédits Agence Brand Station Illustrateur Salamagica et Watch Out pour Sea Shepherd (2019).

En Belgique et à Paris, 10 millions de mégots sont jetés tous les jours. Une grande partie se retrouve sur la voie publique, quais de gares, parcs ou sur les plages de la mer du Nord. À Bruxelles-Ville, 30 % des déchets ramassés par les équipes de propreté sont des mégots.

Ajoutons qu’un fumeur qui fume vingt cigarettes par jour pendant cinquante ans aura épuisé 1,4 million de litres d’eau. La fumée de chacune de ses cigarettes pollue autant que le moteur de dix voitures diesel tournant au ralenti pendant trente minutes. En 2018, le Belge en fumait en moyenne 17 par jour. La fumée émise par toutes les cigarettes dans le monde est responsable de 0,2% des émissions de gaz à effet de serre presque autant que les émissions de la Belgique en 2016 (0,26%).

Annuellement, l’industrie du tabac dans sa globalité consomme une quantité d’énergie égale à celle de la construction de deux millions de voitures. En 2015, cela représentait l’équivalent de trois millions de vols transatlantiques. Selon l’OMS, elle génère 2,3 millions de tonnes de déchets industriels et 209 000 tonnes de déchets chimiques.

Ces chiffres sont suffocants et non exhaustifs.

La cigarette consume des vies humaines, mais aussi notre planète. La faute n’incombe pas aux fumeurs. Ils sont les victimes d’un produit addictif et du profit insatiable des producteurs et des États à travers les accises sur les paquets. Les solutions sont variées : conscientiser les consommateurs sur les dégâts environnementaux, les inciter à recycler leurs mégots. On peut ajouter une politique d’accompagnement plus ambitieuse pour arrêter de fumer, des mesures légales plus coercitives à l’égard des géants du tabac et bien d’autres. Chacune sera un souffle retrouvé pour notre Terre.

Sources:
> Sciensano > OMS🇬🇧 > Tabacstop

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© Le petit bruxellois • 2020

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